La disparition des néophytes

Une récente publication de la Conférence des évêques de Belgique fait part d’une augmentation importante des baptêmes d’adultes : depuis 10 ans, leur nombre a doublé. En France, sur la même durée, l’augmentation est de près de 50%. Ce sont, objectivement, deux très bonnes nouvelles, et je suis heureux de les relayer ici. Étant tombé dans la marmite quand j’étais petit, j’ai toujours ressenti une grande admiration pour les personnes qui, sans y avoir été portées par leur entourage, se laissent ainsi toucher par le Christ et font le choix exigeant de le suivre, parfois au prix de l’incompréhension de leurs proches.

Cette bonne nouvelle, dont il faut se réjouir, porte cependant une part d’ombre. Tout d’abord, cette hausse importante en pourcentage reste modeste en valeur absolue (on passe ainsi en Belgique de 143 à 305 baptisés en dix ans). Il faudrait aussi comparer cette hausse du nombre de baptêmes d’adultes avec la baisse considérable du nombre de baptêmes d’enfants, qui fait que le solde, sur plusieurs décennies, est largement négatif.

Mais, au-delà, le baptême n’est pas une fin en soi. C’est le début d’une vie nouvelle. Or il y a cette question assez peu abordée : combien restent ensuite ? De nombreux néophytes (les adultes qui ont été baptisés dans la nuit de Pâques) disparaissent en effet de nos paroisses après leur baptême. J’ai retrouvé des photos prises lors d’une vigile pascale, il y a une dizaine d’années. Plusieurs adultes étaient baptisés ce soir-là. Sauf erreur de ma part, on les a très peu revus ensuite dans la paroisse, et même plus du tout. Que sont-ils devenus ? Plusieurs échanges récents m’ont confirmé qu’il ne s’agissait d’une particularité locale. La situation semble largement répandue. Comment expliquer que tant de personnes, qui ont fait, en pleine conscience et en toute liberté, le choix courageux de s’engager dans l’Église, ne restent pas ensuite présentes et engagées dans nos communautés ?

Sans doute ont-elles connu un parcours spirituel très intense. Se sentir soudain touché par la grâce, appelé personnellement par le Christ à le suivre, c’est sûrement une expérience sans égale. Après un tel éblouissement, est-ce que nos modestes vies paroissiales ne paraissent pas un peu plates, voire mesquines, tant il est vrai que nous ne sommes pas toujours des modèles de vie fraternelle ? J’avais perçu cet effet de douche froide chez certains camarades pendant mes études, à l’occasion du pèlerinage étudiant à Chartres. Après une liturgie des Rameaux somptueuse, portée par la ferveur de la jeunesse dans une cathédrale bondée, le retour à la réalité de certaines liturgies de la Semaine sainte était parfois cruel, accentuant un phénomène de concentration de la pratique religieuse sur quelques « temps forts » au milieu d’un relatif désert le reste du temps.

Je m’interroge aussi sur l’intégration des néophytes à nos communautés. Je comprends bien le souhait de préserver leur liberté pendant leur parcours jusqu’au baptême, mais je suis toujours un peu mal à l’aise lorsqu’on nous les présente, lors des scrutins puis le jour du baptême. Comme si c’était des spécimens qu’on nous sortait du chapeau et qui retournaient bien vite après dans leur anonymat.

Peut-on vraiment dire que l’intégration des néophytes dans nos paroisses est satisfaisante ? Or je suis bien incapable de dire ce qui est fait pour réussir cette intégration. Je n’affirme pas que rien n’est fait ; j’ose même espérer le contraire. Mais je prends conscience que c’est un champ assez confidentiel dans la vie de la paroisse, une sorte de domaine réservé, qui ne semble pas pensé et organisé pour associer toute la communauté.

Cette impression que nos communautés paroissiales sont peu concernées par l’accueil de nouveaux baptisés se retrouve dans la systématisation des baptêmes d’enfants célébrés en privé, après la messe paroissiale – à l’écart de la communauté. On énumère bien à la messe dominicale les noms des baptisés de la semaine (avec ceux des nouveaux époux et des défunts). Mais on y ressent à peu près autant de joie et d’enthousiasme qu’à la lecture du carnet à la fin du journal municipal. Ces noms nous restent bien souvent étrangers. Pourtant, chaque baptême ne devrait-il pas être vécu par toute la communauté avec la même allégresse qu’une famille accueillant un nouvel enfant ?

Pour le baptême d’enfants, j’entends déjà l’objection : certains parents ne souhaitent pas, hélas, être plus impliqués que cela et se contentent très bien d’une célébration en catimini, à l’écart de la paroisse où ils ne sont guère engagés. C’est d’ailleurs un vrai problème. Mais pour les adultes, l’objection ne vaut pas. Ils ont fait la démarche pour eux-même. Il y a quelque chose que je ne m’explique pas, qui atténue un peu la joie, réelle, d’apprendre cette hausse des baptêmes d’adultes.

Il nous reste encore du chemin à faire pour que cette affirmation trouvée sur le site de la CEF devienne tout à fait une réalité : « Ces nouveaux baptisés apportent un souffle neuf dans les communautés dans lesquelles ils sont engagés. »

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